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Oh quelle magnifique phrase : « Je suis les liens que je tisse » !

En la décortiquant, un corps d’éthique en sort. Quant à ce décor qui tique ma curiosité épistémophilique, voici ce que j’en argue :

C’est suivre les liens que je (me) tisse.

C’est être ses liens : c’est s’êstre.

 

Pratiquer l’art brut de la « escritura » n’est pas forcément affaire de brutes.

Au contraire d’ailleurs : l’artiste va au-delà du regard, et peut fermer les yeux pour mieux les rouvrir.

Il saisit une sereine vibration pour sa sublimation créationniste, intime, personnelle, incomparable, incommensurable, non-mesurable, non-évaluable, tel ce petit objet a, insaisissable.

Grâce à sa particulière & intemporelle singularité, qui puise dans ses racines les plus anciennes, les plus originelles, les plus profondes, l’artiste créé, subtilement. Comme il est vrai que les œuvres d’art brut « matérialisent une mythologie individuelle » !

Si l’on tisse et retisse par introjection avec les autres, on se tisse soi-même, par soi-même, en soi-même. On s’introjecte, on se reconnaît, on s’tissoit.

 

Ebranlant les certitudes du système conscient, élargissant son horizon vers son inconscient, sa lecture n’en est que plus océanique. Cela perturbe, déstabilise, les limites dedans-dehors, ce qui nécessite du courage, de la confiance.

 

Sans protocole oppressif, on reste dans le laisser-être : c’est savourer sa liberté dans son essentiel lieu-corps. On creuse le sillon, en délirant, en foliesophiant, en s’inventant une texture, un « état de corps pour écrire », parler, silencer, être.

L’être dépasse les consignes pour se déposer via un lit de motérialités parfois silencieuses, toujours délicieuses.

 

L’artiste-artisan fait donc un choix psychique, inconscient, « to be », « para ser » : il joue, il est dans l’inventation de son originalité, de son en-plus.

 

Cela va à l’envers d’une consumation de lettres de l’être dans la consommation effrénée d’une culture malaisée, sclérosante, lénifiante qui dénie & méconnaît la structure – ou l’essence ! – mélancolique de la condition humaine.

Il est préférable de nourrir et de « défendre ce savoir spécialisé », sa propre intuition, la dignité du parlêtre, mais toujours en lien avec les autres et l’Autre. Et son dedans, son être, son inconscient.

Pour Winnicott, dans l’œuvre Jeu et réalité (1971), que j’aimerais rebaptiser Jeu et sublimativité, néologisme entre sublimation et créativité, ce qui s’oppose à la pulsion créatrice, « c’est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s’ajuster et s’adapter. La soumission entraîne chez l’individu un sentiment de futilité ».

Controns la résignation pour aller vers le « non-sense », l’irrationalité.

Pour continuer à être à sa propre hauteur, délaissons l’aliénation pour aller vers l’insoumission.

Il vaut mieux préférer la bucolique magnificence de la réson de la Nature & de l’intuition.

 

Par ailleurs, dans De la communication à la non-communication (1963), Winnicott soulignait que « au cœur de chaque personne se trouve un élément de non-communication qui est sacré et dont la sauvegarde est très précieuse ».

Il vaut mieux préférer le langagiement plutôt que les banales informations qui vont à l’encontre de l’être & de l’inconscient.

Il importe de suivre ses propres liens, et de contre-suivre ce qui briserait ses liens : il est apodictique de briser les chaînes du totalitarisme autoritariste & sécuritariste, du politiquement correct, de la bienpensance, de la novlangue (Orwell), de la fausse démocratie moderne, pour se poursuivre soi-même, se tisser, s’entretisser, s’écouter.

Le sécuritaire fait taire la sécurité de la non-communication sacrée.

Il voudrait mieux penser le Sauvêtre plutôt que de dé-penser suivant l’utilitarisme et le conformisme.

 

Osons narguer la destructivité sans créativité, osons le « préférer ne pas » (Bartleby) s’ajuster. Cassons le tripallium ! L’adaptation contrevient à la profondeur de chaque-Un.

 

Peaufinons l’êstre dans nos pulsions de vie et nos pulsions de mort, pour continuer à désirer, à lier, à tisser, dans un mouvement de va-et-vients psychiques, entre projections et introjections, entre introjections projectives et projections introjectives.

Ces mouvements psychiques nourriront la flamme intérieure sans la dévorer.

 

 

 

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Sylvain Estellon

23 décembre 2019